Arrêter de fumer : les conseils d’un tabacologue

Sur la liste des bonnes résolutions de la rentrée, vous avez peut-être noté "arrêter de fumer". Une bonne idée, mais par où commencer ? On a interrogé un tabacologue sur le sujet, pour vous donner des pistes concrètes.

Crédit Flickr / Sylviolin

Crédit Flickr / Sylviolin

Pourriez-vous vous présenter en quelques mots, et nous dire en quoi consiste votre métier de tabacologue ? Qu’est-ce qui vous motive dans votre démarche ?

Je m’appelle Olivier Smadja, je suis tabacologue et je travaille pour le dispositif Tabac Info Service, piloté par l’INPES. Ce dispositif est composé d’un site web, et d’une ligne téléphonique (le 3989). Toute une équipe de tabacologues est présente pour accompagner les fumeurs.

A-t-on aujourd’hui des outils plus efficaces qu’hier pour arrêter de fumer ? 

On sait depuis quelque temps quels sont les outils les plus efficaces : il s’agit des substituts nicotiniques et des thérapies cognitives et comportementales. Aujourd’hui, on maîtrise bien l’équilibre entre les solutions, on sait mieux combiner les différents traitements (patchs, gommes, etc…). On sait aussi l’ajuster au patient, car chaque personne nécessite un programme particulier.

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Cigarette électronique. Crédit Flickr / L.Rodriguez

Que pensez-vous par exemple du développement de la cigarette électronique ?

C’est un phénomène récent dont on ne connaît pas encore les effets. Il faudra attendre le résultat des premières études pour connaître son efficacité et les éventuels risques sanitaires. En attendant, les tabacologues ne découragent pas les patients qui trouvent un soulagement dans le fait de vapoter. Le bénéfice est très subjectif.

En quoi consiste l’accompagnement que vous proposez via le dispositif tabac-info-service ?

Le site Tabac Info Service est un site complet d’information, on y trouve énormément de choses : par exemple, un annuaire pour des consultations tabacologiques, ou un espace pour poser une question avec l’assurance d’avoir la réponse d’un tabacologue sous 48 heures. On peut aussi consulter l’historique des précédentes questions.

Il y a un espace témoignages où les personnes qui arrêtent ou ont arrêté de fumer partagent leurs expériences. On peut aussi bénéficier d’un service d’e-coaching par e-mail : il suffit de répondre à quelques questions pour déterminer votre profil de fumeur, et vous recevrez des e-mails personnalisés jusque 15 jours avant l’arrêt, et 30 jours après.

Au téléphone, on propose un accompagnement individualisé, sur plusieurs entretiens. On essaie de comprendre le profil de chaque personne et de mettre en place une stratégie pour arrêter le tabac sur la durée : par exemple, faire face aux situations à risques, tenir bon dans un environnement propice à la reprise.

Des évaluations sont régulièrement menées pour vérifier l’efficacité du dispositif qui engendre 40 000 appels chaque année, et 2,5 millions de visites sur le site.

10 000 personnes ont été suivies en 2013 et 14 000 personnes se sont inscrites au coaching. On rappelle les patients 6 mois après l’arrêt : entre un quart et un tiers des personnes n’ont pas repris la cigarette. C’est un bon taux de réussite.

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Le site Tabac Info Service

Quels sont les premiers conseils que vous donneriez à quelqu’un qui souhaite arrêter de fumer ? Et à quelqu’un qui souhaiterait convaincre un proche d’arrêter ?

En fait, je ne pense pas qu’on puisse convaincre quelqu’un d’arrêter de fumer. C’est un choix très personnel. On peut aider la personne en la faisant réfléchir à sa consommation de tabac : peser le pour et le contre, voir d’abord les avantages puis développer les inconvénients. Il faut encourager les fumeurs à s’exprimer, les laisser parler.

Si un jeune fumeur a envie d’arrêter, je lui conseillerais d’essayer seul et de voir comment il réagit, si la démarche paraît facile ou non. Suite à ce premier essai, il pourra si nécessaire prendre des mesures pour se faire aider. Pour les autres, je leur conseillerais de commencer à s’informer sur le tabac, sur le processus de dépendance, sur les effets à court et à long-terme du tabac sur l’organisme. Et je leur dirais de s’adresser à leur médecin traitant, il connaît les traitements et saura aiguiller le patient.

Le piège serait de vouloir arrêter d’une manière qui serait trop inconfortable pour le fumeur. Il faut arrêter en se facilitant la vie : les substitut nicotiniques sont là pour ça, alors autant ne pas s’en priver !