Rencontre avec Annick Touba, présidente du Sniil

Le siège du Syndicat National des Infirmières et Infirmiers Libéraux se situe à Paris. Annick Touba est infirmière libérale depuis 1984, soit 30 ans d’expérience auprès des malades à domicile. Elle exerce en Loire-Atlantique et partage son activité entre deux cabinets. Née à Montrelais en 1950, Annick Touba est l’aînée d’une fratrie de 9 enfants, ses parents étaient agriculteurs en Loire Atlantique.

Infirmière, c’est une vocation ?

J’ai voulu être infirmière pour partir en Afrique, dès l’âge de 12 ans. Le continent africain m’attirait et j’ai trouvé un métier pouvant me permettre de réaliser mon rêve. J’ai fait mes études à Saint-Nazaire jusqu’au baccalauréat. Puis j’ai poursuivi à l’école d’infirmière. Après l’obtention de mon diplôme, je suis partie deux ans au Togo de 1971 à 1973 avec « Les volontaires du Progrès ». Sur place j’ai rencontré Kodjo mon mari, nous avons eu trois enfants.

Quel est votre parcours professionnel en France ?

A mon retour d’Afrique, j’ai travaillé à l’Hôpital de Saint-Nazaire pendant six ans dans tous les services, puis dans un centre de soins infirmiers à Missilac pendant six ans avant de me mettre à mon compte en libéral en 1984. Je m’occupe en moyenne de 30 patients par jour pour des soins à domicile.

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Annick Touba

Pourquoi avez-vous pris la présidence du Sniil ?

Militante active et syndiquée depuis toujours, j’ai pris la présidence du Sniil à la demande des infirmières et infirmiers libéraux. Il y a environ 100 000 infirmières libérales et quatre syndicats d’infirmières en France, le Sniil est devenu le plus important. Les infirmières et infirmiers libéraux du Sniil considèrent comme essentiel la défense et la promotion de l’exercice libéral. La mission du Sniil est de représenter et de défendre toutes les infirmières et tous les infirmiers libéraux, syndiqués ou non, en étant présents au quotidien, sur le terrain comme dans toutes les instances. Il œuvre pour la pérennisation de l’exercice libéral et la reconnaissance à sa juste valeur de la profession dans le respect de valeurs d’éthique, de progressisme et d’authenticité.

Parlez-moi de votre activité d’infirmière libérale.

Le métier d’infirmière libérale est passionnant mais difficile. Les effectifs des infirmières libérales ont doublé en dix ans alors que les médecins ont diminué dans le même temps leurs visites de 50%. L’exercice libéral est menacé du fait du manque de coordination, nous devons nous structurer, être reconnues dans la coordination au cœur du dispositif pour le maintien à domicile. Nous devons défendre la valorisation de toutes nos compétences, notamment dans le domaine de la prévention et de l’éducation, afin d’améliorer la prise en charge globale du patient. Amener les instances à prendre conscience de l’étendue de nos compétences. Notre proximité, notre mobilité et l’obligation de continuité des soins contribuent à une plus grande efficience du système de santé.

Quelles sont vos avancées avec le Sniil ?

Reconnues plus indépendantes, les infirmières libérales peuvent prescrire le renouvellement de la contraception, mettre en place des DM comme le matériel de perfusion. Elles peuvent aussi vacciner contre la grippe sans prescription médicale pour les personnes de 65 ans et plus. Nous soignons principalement à domicile les personnes diabétiques, atteintes d’un cancer, les personnes âgées, c’est 60% de notre activité. Depuis 2009, nous avons renouvelé notre charte de l’adhérent. Elle réunit les membres de notre profession et représente le lien de conviction qui unit les membres de notre syndicat. Chacun de ses signataires se doit de la défendre et de la promouvoir.

Une infirmière peut-elle s’installer en libéral n’importe où ?

Oui, bien sûr. Elles ont d’ailleurs tendance à s’installer en plus grand nombre dans le sud de la France. Cependant, je conseille de faire une prospection afin de choisir un lieu qui leur permettra de prospérer. Nous payons 40% de charges sur notre chiffre d’affaires.

Pourquoi une fête de l’infirmière ?

La Journée internationale de l’infirmière est célébrée dans le monde entier le 12 mai. J’aimerais bien que toutes les infirmières et les infirmiers organisent une opération en France. Notre profession souffre d’un mal chronique de reconnaissance. Cette fête serait l’occasion de mettre à l’honneur toutes les infirmières et infirmiers.

L’occasion pour nous de réaffirmer notre attachement à vouloir améliorer les conditions de travail des professionnels de l’art infirmier. En effet, la pénibilité de ce métier, notamment dans les hôpitaux est intenable au point que nombre d’infirmiers et d’infirmières quittent la profession au bout de quelques années, créant une réelle pénurie auprès du patient, ce qui aggrave encore les conditions de travail.

Il faudrait mieux organiser le travail dans les soins infirmiers, diminuer les surcharges de travail et les burn out dont sont victimes, entre autres, les infirmières. Ces femmes représentent plus du tiers de la main d’œuvre du réseau de la santé et travaillent dans des conditions difficiles.

Propos recueillis par Laurence Bühler