Sexualité des séniors : se réinventer pour mieux en profiter

Les dernières tendances de l’observatoire de la santé des séniors le montrent : la vie sexuelle ne s’éteint pas avec l’âge. Après 60 ans, les rapports intimes évoluent, se transforment et apportent un équilibre sur de nombreux plans. Mais comment aborder la sexualité lorsque des pathologies liées à l’âge s’invitent sous la couette ? De quelle façon les accepter sans pour autant renoncer à l’expression physique du désir ? Nos réponses à vos questions.

L’amour, c’est bon pour la santé

à 60, 70 ou plus de 80 ans, l’intérêt pour la sexualité ne s’émousse pas. Au contraire, beaucoup de séniors considèrent les relations sexuelles comme un préalable à l’entretien du sentiment amoureux et à une relation affective stable1. Ajoutée à une vie sociale et sportive nourrie, une sexualité équilibrée et régulière devient gage de longévité2. Faire l’amour libère les hormones du plaisir (endorphines et dopamines) et délivre une cohorte d’atouts santé. La fédération française de cardiologie rappelle d’ailleurs que la sexualité fait partie des activités physiques dites « modérées » ; elle élimine les toxines et muscle le myocarde. Des avantages qui ne doivent cependant pas cacher une autre réalité, plus difficile à accepter et liée au temps qui passe : celle des corps qui se transforment et des hormones qui s’éteignent ; autant de bouleversements susceptibles de limiter l’expression d’un désir plein et entier.

L’âge : des modifications inévitables sur la sexualité

La ménopause chez les femmes

Vers 50 ans, les ovaires cessent progressivement leur activité. La fertilité touche à sa fin. Dans sa chute, la production d’hormones entraîne des manifestations désagréables chez la femme : baisse de la libido, sécheresse vaginale, douleurs lors de la pénétration… Mais  rien n’est figé et des solutions existent. Parlez-en à votre médecin. Si nécessaire, il vous prescrira un traitement pour diminuer les troubles. Car si cette ménopause clôt le chapitre de la fertilité, elle ne referme pas pour autant celui de la féminité.

Le « déficit en testostérone lié à l’âge » (DALA) chez l’homme

La diminution de la testostérone chez les hommes, loin d’être aussi brutale que la chute des hormones chez les femmes, n’est pas sans conséquence sur la sexualité. Ainsi, 20 % des hommes de plus de 60 ans et 50% des plus de 80 ans auraient une testostérone abaissée3. Conséquence : la libido s’affaiblit et s’accompagne de troubles de l’orgasme voire de dysfonctions érectiles. Mais à chaque trouble ses remèdes : 4 patients sur 5 disent obtenir une érection « suffisante » après un traitement.

La transformation des corps

Si le vieillissement marque le déclin des hormones sexuelles, il souligne aussi la transformation inéluctable du corps : les muscles fondent, les masses graisseuses augmentent, les cheveux et les poils blanchissent… en somme, le temps dépose des traces qui modifient le rapport à l’anatomie, à l’identité et au désir. Sans compter l’apparition, après 50 ans, de maladies chroniques qui pour certain(e)s, sont difficilement compatibles avec une activité sexuelle épanouie. Peut-être à tort ; car se sentir comblé malgré une pathologie reste possible.

Le poids des maladies chroniques sur la sexualité

En cas de maladie chronique, les fonctions sexuelles ne sont pas nécessairement altérées mais les douleurs liées à la pathologie peuvent entraîner une perte de désir et de satisfaction. Trouble fréquent chez les hommes à partir de 50 ans, l’hypertrophie, le cancer ou l’inflammation de la prostate ont une influence sur la sexualité. Néanmoins, une fois décelés et soignés, ces troubles ne représentent plus un frein à une activité sexuelle épanouie. Saviez-vous par exemple qu’après une prostatectomie, des injections intracaverneuses ou l’utilisation de crèmes spéciales peuvent stimuler l’érection ? Si vous souffrez d’asthme et craignez d’avoir le souffle court durant l’étreinte, n’hésitez  pas à prendre une bouffée de votre bronchodilatateur juste avant le câlin. Et si vous êtes diabétique, il existe, en cas de complications vasculaires, des médicaments sexo-actifs très efficaces. Votre médecin saura vous aider et vous prescrire les traitements les plus adaptés à votre profil. Sachez cependant qu’après 50 ans, la sexualité évolue et se débarrasse des injonctions de performance physique pour se réinventer. Prendre son temps devrait devenir un leitmotiv ; le temps d’explorer de nouvelles sensations et de nouvelles émotions à deux.

Une sexualité réinventée

Avec l’avancée en âge, la sexualité se révèle en effet moins pulsionnelle et se transforme en expérience émotionnelle de désir. L’idée ne consiste plus à faire l’amour le plus souvent possible, en toute hâte, avec un orgasme obligatoire, mais de favoriser un érotisme basé sur la dimension relationnelle. Une approche nécessaire après 50 ans, car la réaction sexuelle exige plus de temps pour s’installer. Il est donc important que le rapport à son propre corps ainsi qu’à celui de son ou sa partenaire se fasse plus doux et accorde davantage de place aux caresses longues : une manière de laisser le désir monter et s’exprimer, sans s’impatienter.

En résumé

Les années passent et entraînent dans leur sillage des modifications corporelles et physiologiques mais aussi des maladies chroniques qui ont des conséquences sur la sexualité des séniors. Pour ne pas qu’elle devienne un frein, cette sexualité doit se réinventer. L’une des idées consiste à quitter les schémas de performance physique pour laisser place à l’émotion et à la douceur. Agir ainsi permet au désir de se manifester, aussi bien chez les hommes (érection) que chez les femmes (lubrification) et d’en profiter en toute plénitude, plus longtemps.


1 Marandola, 2002.

2 Wesley et al. 2011.

3 Association française d’urologie.